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Riche en symbolique, le plus ancien des bidonvilles du Maroc ‘Carrières Centrales’ est aujourd’hui une mémoire du tramway

04 février 2021-

Les Carrières Centrales dans les années 20. Photo: DR.

 Les mythiques «Carrières Centrales» ne sont plus. Cette agglomération en bidons métalliques a vu naitre le prolétariat marocain, la résistance contre le protectorat, le soulèvement de 1952, mais aussi la naissance d’icônes marocaines de la chanson, du théâtre et du sport. Les Carrières Centrales encerclaient la ville au niveau des Roches Noires et Hay Adil mais lorsque le projet de la ligne T2 est arrivé, la sentence est tombée que ce bidonville devait être éliminé de la carte. Un hommage a été rendu en choisissant le nom de « Carrières Centrales » à la station de tram se trouvant à son endroit. Après avoir été la plaque tournante des forces de changement du Maroc moderne, les Carrières Centrales ont été immortalisées par le tramway, une mémoire chargée qui fait revivre la nostalgie à la majorité des passagers abordant la station.

Les Carrières Centrales dans les années 2000. Photo: DR.

Hay Mohammadi, l’un des quartiers les plus anciens et les plus populaires de Casablanca, n’a pas toujours été appelé comme ça. Ce quartier est à la base un bidonville, mais je suppose que ça, presque tous les Casablancais le savent. Anciennement connu pour « Carrières Centrales » ou « Karian Central » pour les intimes, son histoire remonte à 1912, soit la même année où a commencé le Protectorat français. Sa situation a toujours été critique et les gouvernements successifs depuis ont été incapables d’affronter la problématique posée par ce bidonville, ou du moins ont fermé les yeux sur les mille et une irrégularités qui s’y déroulaient.

La Station de tram et ses alentours

Le Tramway traverse Hay Mohammadi, Ex-Carrières Centrales. Photo: DR.

Si l’on se rend à Hay Mohammadi, on ne trouvera pas qu’une seule station de tram évidemment, mais celle qui nous intéresse est Carrières Centrales sur le Boulevard Ali Yata. Le boulevard a été appelé comme ceci en 2005. Si vous vous posez la question, non Ali Yata n’est pas issu des Carrières Centrales ni de Hay Mohammadi, le boulevard a été nommé en son hommage pour son engagement dans la lutte contre le colonialisme français, une cause qui elle, a démarré aux Carrières Centrales. Autre événement marquant est le soulèvement des quartiers populaires, ici, en décembre 1952 où des émeutes nationalistes ont éclatées suite au meurtre du syndicaliste tunisien Ferhat Hachad.

« Dar Lamane » une résidence qui avait à un temps reçu le prix Agha Khan d’architecture mais qui connaît actuellement une claire dégradation. Photo: DR.

Sur le même boulevard, à la droite de la station mythique, se trouve la station Dar Lamane à 9 minutes à pied, « Dar Lamane » une résidence qui avait à un temps reçu le prix Agha Khan d’architecture mais qui connaît actuellement une claire dégradation. Un peu plus loin nous entrons sur Derb Moulay Cherif.  Tandis que si on continue notre trajet en faisant demi-tour vers la gauche, en 6 minutes de marche seulement on se retrouvera dans un endroit plus jovial qui est la Kissaria de Hay Mohammadi et qui est aussi le nom de la station qui précède Carrières Centrales. Un endroit grouillant de commerçants et commerçantes plus particulièrement, qui vendent des vêtements, des baghrirs ou encore des gâteaux marocains. Mais vous y trouverez de tout.

La classe ouvrière des Carrières Centrales

Kissariat Hay Mohammadi est toujours bondée de monde. Photo: DR.

L’évolution de la ville de Casablanca et la vocation industrielle de Hay Mohammadi en particulier ont attiré des milliers de travailleurs marocains qui se sont entassées dans les nombreux bidonvilles de la capitale économique, spécialement celui des Carrières Centrales qui regroupaient dès 1920, les ouvriers chargés de la construction de la centrale thermique des Roches noires et qui y ont construit des baraques. C’est comme ça qu’en l’espace de quelques années, les Carrières Centrales sont devenues la plus grande concentration de taudis, c’est-à-dire de logement mal structuré et misérable…

La sentence de mort des Carrières Centrales

Lahraouiyine, Casablanca. Photo: DR.

En 2014, les Carrières Centrales étaient vouées à la disparition. Les 30 hectares sur lesquelles elles s’étalaient allaient être rasés. Une opération de recasement avait été instaurée pour supprimer le bidonville et reloger ses quelques 30.000 personnes soit 6000 familles au total dans des habitats plus dignes dans la commune de Lahraouiyine située dans la banlieue Sud-Est non loin de la route nationale liant Médiouna à Casablanca. C’était Chakib Benmoussa, ingénieur, homme politique et ambassadeur du Maroc en France qui avait pris la responsabilité de transmettre la nouvelle aux habitants du bidonville.

Il leur avait porté le message du Souverain qui les rassuraient que l’environnement de leur nouveau chez-soi était doté de tous équipements et infrastructures comme les écoles, hôpitaux, transports commun et aussi des espaces verts.

L’apport des Carrières Centrales au sport national

Photo honorifique de Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid avec le TAS après qu’il ait remporté la coupe du trône en 2018-2019. Photo: DR.

Fondée en 1947, l’équipe du TAS (Tihad Athletic Sport) incarnait l’identité du quartier.

Le premier édifice posé dans leur palmarès a été en 1957, en gagnant la Coupe d’indépendance.

La 3ème équipe de la ville blanche était restée 19 saisons en 1ère division, ce qui est un grand succès. Encore récemment les joueurs avaient remporté pour la première fois de leur histoire le titre de la coupe du Trône de Football 2018-2019.

Le fondateur du TAS, Feu Mohammed El Abdi avait longuement combattu pour l’équipe lors du protectorat en constituant une ligue libre. Son domicile dans les Carrières Centrales avait servi d’abri-hôpital pour les nationalistes lors du soulèvement de 1952-53.

Stade Laarbi Zaouli. Photo: DR

Celui qui a dignement porté le flambeau après lui, est un autre nationaliste et une icône nationale qui n’est autre que Larbi Zaouli, l’ex joueur, entraineur et président du TAS. Le nom de ce fils des Carrières Centrales a été donné au deuxième plus grand stade de Casablanca en hommage à son travail laborieux et ses sacrifices pour l’équipe.

L’histoire de la culture à Hay Mohammadi entre les Carrières Centrales et Derb Moulay Chrif est encore plus lourde et plus riche.

Tout a commencé dans les années 50 où un assassinat a eu lieu aux alentours du Marché Central opéré par les forces du protectorat français. Vu que plusieurs victimes étaient des habitants du Hay Mohammadi certains libéraux français ont considéré qu’ils avaient une dette à payer et ont donc construit un complexe socio-culturel, Dar Chabab de Hay Mohammadi.

Après l’indépendance, des légendes de la scène artistique marocaine s’étaient emparées du Théâtre Municipal qu’a fondé le Maréchal Lyautey dans les années 20.  Sur sa scène se jouaient les réadaptations en dialecte arabe des pièces de Molière, par la Compagnie Saddiki de Tayeb Saddiki, le pionnier du théâtre marocain et l’une des figures artistiques majeures du pays. En prenant la direction du Théâtre Municipal il a révélé un grand nombre de talents comme Nass El Ghiwane qui, pas tout le monde le sait, ont commencé en tant que comédiens avant de devenir le groupe musical à succès. Mais vu que la plupart des artistes foulant la scène du théâtre municipal étaient de Hay Mohammadi, l’emplacement ne leur convenait plus et ils ont déménagé vers Dar Chabab pour développer leur art dans l’environnement du quartier qui les a vu grandir.

Nass El Ghiwane surnommés les Rolling Stones du Maroc . Photo: DR

On cite parmi ces grandes figures, fils des Carrières Centrales ou de Derb Moulay Chrif : Les Rolling Stones marocains, Nass El Ghiwane, le groupe Lemchaheb, le chorégraphe Lahcen Zinoun, les grands acteurs Mohammed Meftah et Hassan Foulane et bien d’autres…

Premier en son genre à Casablanca, ce complexe servait de bibliothèque, d’école de théâtre et de musique ainsi que lieu de divertissement pour les enfants.

En parlant d’enfants, la première école publique du quartier fondée en Octobre 1954 se nommait d’ailleurs sans surprise École Carrières Centrales, connue actuellement par Omar Ibnou Al Khattab.

Origine du nom Hay Mohammadi, anciennement appelé quartier Carrières Centrales

Jamaa Al Malik de Hay Mohammadi. Photo: DR

Les Carrières Centrales se sont vues renommées au retour de sa Majesté le Roi Mohammed V de l’exil. Ce fut le premier quartier casablancais où il se rendit en hommage à la loyauté de ses habitants. Il a, en 1952, inauguré la mosquée « Jamaâ Al Malik » et prononcé un discours historique à l’attention des habitants des Carrières Centrales avant de prêter son nom au quartier et le rebaptiser Hay Mohammadi. Après ce geste, sa Majesté de son côté est retourné chez lui avec le titre de « Roi des Carrières Centrales ».

 Ryme Bousfiha

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